Catégorie : Nos publications

Une lecture politique de la sécurité alimentaire de l’Algérie et du Liban

Les crises, qu’elles soient de nature économique, financière, sanitaire ou politique, ont cette capacité à rendre plus lisible ou visible les vulnérabilités ou les menaces alimentaires qui se profilent dans les pays concernés. Il en a été ainsi de la crise sanitaire dans un certain nombre de pays d’Europe qui ont mesuré les effets des délocalisations de leurs productions agricoles. Les appels à une souveraineté alimentaire impliquant des politiques agricoles nationales volontaristes et le retour vers des systèmes alimentaires territorialisés ont été affiché par les milieux agricoles, les organisations de la société civile et politique et les cercles académiques. La FAO, le PAM et toutes les organisations des Nations-Unis ont, pour leur part, multiplié les alertes relatives à une crise alimentaire, voire une famine, pouvant affecter les pays pauvres et l’Afrique en particulier.

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Tigouliane au croisement du Covid.19 et de la sécheresse

Croyez bien en l’immensité de ma joie de vous savoir ravis de votre séjour à Tigouliane. Mais sachez que derrière le sourire affiché par les femmes et les hommes de Tigouliane2, sourire qui vous a tant émerveillé, se cachent des natures résignées à leur sort et acceptant la fatalité. L’expression usitée Ghayda Youmar Rabbi, « ce que Dieu a ordonné » résume l’état d’esprit des gens. Et c’est de cet état d’esprit, enchâssé dans un faisceau de contraintes et d’espoir que je vais parler.

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Incidences de l’investissement foncier agricole sur les sociétés rurales – À propos de « la classe moyenne agricole »

La question du foncier agricole au Maroc est centrale dans les agendas politiques. La dernière stratégie de développement agricole, Génération Verte, projette de mobiliser/valoriser un million d’hectares de terres collectives, les distribuer aux ayant-droits de ces terres et à des investisseurs, dans la perspective de créer une « classe moyenne agricole ». L’intention est d’alléger les disparités sociales dans le milieu rural et instaurer un peu de justice sociale. L’article émet l’hypothèse que ces terres seront prises sur les parties du parcours susceptibles d’être cultivées. La nouvelle législation sur la tutelle administrative facilitera les procédures de leur acquisition. Mais la faisabilité de cette bonne intention est problématique. La mobilisation et la distribution du foncier collectif pourrait-elle être une solution à la question sociale et à la marginalité de la population rurale par la création d’une « classe moyenne agricole » ? L’exemple du développement de l’agriculture saharienne sur des terres de parcours, dans le Sud/Est du Maroc, a produit des résultats tout à fait contraires : consolidant le dualisme agraire, accentuant la polarisation ruraux/non ruraux et renforçant la classe des capitalistes agraire. Des facteurs objectifs, tenant à la diversité et complexité des situations des terres collectives, et subjectifs concernant la catégorie visée pour en faire une « classe moyenne agricole », pourraient se dresser devant la faisabilité de cette bonne intention. Les candidats à cette « classe moyenne agricole » disposent-ils des qualifications requises et seront-ils accompagnés et dotés en moyens financiers, techniques et manageriels pour réaliser des projets agricoles viables et productifs sur les terres qu’on leurs aurait attribuées ? L’espoir et le doute sont permis.

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Food Security in Tunisia: A Need to Move Back to Sovereignty

-Habib : On est aussi chez toi, pour toi c’est quoi ici ? On est où ici pour toi ?

-Mohamed Mahdi : Ici c’est une maison familiale, c’est mon père qui l’a construite en 1953. C’est une maison en pisé. On venait ici toutes les vacances d’été, à l’époque on avait 3 mois de vacances. Après bien sûr quand on a grandi, les liens sociaux se sont, un petit peu, rompus avec le lieu mais mon père a toujours continué à y venir et donc à entretenir la maison ; pour entretenir il faut habiter. C’est ainsi que cette maison a pu se conserver.

En fait, je n’ai pas totalement coupé les liens avec le pays parce qu’en 1979-1980 j’ai réalisé un mémoire de fin d’étude, qui s’appelait à l’époque DES (diplôme des études supérieures), sur la tribu. C’était une monographie, avec à la fois un peu d’histoire orale mais aussi de la sociologie de cette région.

[…]

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Interview avec le Sociologue Ruraliste marocain Mohamed Mahdi

-Habib : On est aussi chez toi, pour toi c’est quoi ici ? On est où ici pour toi ?

-Mohamed Mahdi : Ici c’est une maison familiale, c’est mon père qui l’a construite en 1953. C’est une maison en pisé. On venait ici toutes les vacances d’été, à l’époque on avait 3 mois de vacances. Après bien sûr quand on a grandi, les liens sociaux se sont, un petit peu, rompus avec le lieu mais mon père a toujours continué à y venir et donc à entretenir la maison ; pour entretenir il faut habiter. C’est ainsi que cette maison a pu se conserver.

En fait, je n’ai pas totalement coupé les liens avec le pays parce qu’en 1979-1980 j’ai réalisé un mémoire de fin d’étude, qui s’appelait à l’époque DES (diplôme des études supérieures), sur la tribu. C’était une monographie, avec à la fois un peu d’histoire orale mais aussi de la sociologie de cette région.

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La Pandémie Covid-19 : Crise sanitaire ou revanche de la terre ?

Il est des évènements naturels ou non qui marquent l’histoire et la mémoire collective, pour des raisons particulières liées, généralement, soit aux processus et phénomènes qui en sont à l’origine, soit aux conséquences, souvent dramatiques, qui impactent plus ou moins durablement l’espace et/ou la société : les tremblements de terre, les tsunamis, les inondations et les sécheresses, les épidémies, les guerres et les divers mouvements sociaux, etc., ne sont que des exemples les plus évidents parce que visibles et audibles.
D’autres peuvent, si l’on n’y prend garde, s’inscrire dans la mémoire collective seulement comme un simple moment relativement court avec un déclenchement, un pic et une chute et dont les conséquences, parfois dramatiques, ne sont « visibles » que pendant un temps précis avant que le rideau de l’oubli ne tombe comme l’évidence la plus absolue.
Covid-19 est un exemple particulièrement parlant et significatif de ces phénomènes. Certes, cela ressemble à beaucoup d’égards à une sorte de grippe violente, sans l’être réellement.  C’est, du reste, comme cela que cette maladie a été présentée dans un premier temps : une grippe particulière qui menace particulièrement les personnes âgées et celles souffrant de maladies de longues durées, telles que le diabète ou les problèmes cardiaques

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Pour un « Nouveau Deal Vert Agricole Tunisien » ; OSAE prend l’initiative

L’observatoire de la Souveraineté Alimentaire et de l’Environnement (OSAE) se mobilise contre le des dérèglements climatiques et s’engage dans le combat collectif contre les conséquences prévisibles du changement climatique et pour la souveraineté alimentaire réelle, la justice environnementale et climatique et la dignité sociale.

The Observatory of Food Sovereignty and the Environment (OSAE) is mobilizing against climactic disruption and its consequences – those already visible, and those which are foreseeable. It is engaged in a collective fight for real food sovereignty, environmental and climate justice, and social dignity.

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Entretien Avec Gilbert Naccache

« Ce ne sont pas les individus qui comptent, … le projet (des coopératives), ayant été construit non pas sur la base d’une vision économique mais sur la base d’une vision sociale, ne pouvait qu’échouer. »

Gilbert Naccache : Enfin, on va parler de choses importantes. Très importantes parce qu’en réalité, la politique agricole, dans un pays comme la Tunisie qui venait d’être indépendante, c’est fondamental, c’est ce qui a tout déterminé. Personne ne s’en doute, les gens croient que ce sont les discours qui ont déterminé telle ou telle personne, les influences, alors qu’en réalité, c’est la politique agricole qui a été la base de tout. Je m’explique. La Tunisie était un pays « en retard », c’est-à-dire dans lequel les contradictions sociales étaient doubles. Il y avait les […]

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De La Construction De La Dépendance Alimentaire en Tunisie

La Tunisie dépend, comme beaucoup d’autres pays du Sud, des pays du Nord pour assurer la nourriture de sa population dont le nombre total est d’environ 12 millions d’habitants. Globalement, le pays importe plus de 50 % de ses besoins alimentaires alors même qu’il ne manque ni de sols agricoles fertiles, ni de ressources hydrauliques exploitables, ni encore de compétences et de savoir-faire(s) locaux en matières de productions agricoles et de gestion des ressources naturelles. Paradoxalement, si la dépendance alimentaire et flagrante, la Tunisie n’en est pas moins un pays exportateur de produits agricoles diverses, comme l’huile d’olive (2ème exportateur mondial), les agrumes, les dates et les légumes hors saison… On est donc face à une situation de dépendance alimentaire structurelle que les conditions « naturelles » (climats, nature des sols, manque de ressources agricoles, etc.) ne peuvent expliquer ou alors très partiellement.
Cet article vise à montrer comment la dépendance alimentaire a été volontairement mise en place et développée (produite) depuis le début de l’époque coloniale (fin du XIXème siècle).

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Le foncier rural en Algérie : de l’autogestion à la concession agricole (1962-2018)

L’histoire foncière de l’Algérie s’est en partie jouée autour du pôle représenté par les terres qui étaient la propriété des colons et de l’Etat colonial. L’objet de cette contribution vise à reconstituer l’histoire du foncier rural public et des exploitations agricoles nées de l’héritage de la colonisation de l’Algérie, à décrire et analyser les modes d’exploitation- de la forme « autogestion » décrétée en mars 1963 à la forme « concession » prescrite par la loi d’orientation agricole de 2008. Cette mise en perspective historique permettra d’appréhender les changements socio-économiques et politiques majeurs qui ont eu lieu dans l’agriculture et les campagnes algériennes.

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